29. III. 2012. 19H12. Ombres dansées

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29. III. 2012. 19H12. Ombres dansées
Encre sépia sur papier crème
Quatorzième page du vingt deuxième carnet de Petits Riens. 14 X 18 cm
In carnet Moleskine.

Pour créer leur oeuvre, certains ont besoin de tendre sur leur châssis un lin rare enduit d’une alchimie personnelle, de broyer leurs pigments et de les mélanger à des huiles rares avant de pouvoir commencer à peindre dans un vaste atelier.
Bénédicte Klène est une artiste expérimentée, ses oeuvres peuvent prendre des aspects multiples aux dimensions parfois importantes mais c’est surtout sa vision personnelle et quotidienne sous forme de croquis monochromes qui retient ici notre attention. Hors du temps, loin de la technologie, tel ces dessinateurs qui accompagnèrent Bonaparte en Egypte ou comme un reporter toujours prêt à saisir l’instant unique, elle ne sort jamais sans son petit carnet, une plume et de l’encre sépia. Chroniqueuse de l’éphémère, d’un trait léger, souple et enlevé mais aussi suffisamment précis, elle conserve pour nous ces « Petits Riens » pour que nous puissions ressentir pleinement ce qu’elle a vu, vécu et souhaite nous faire partager.
Sur la quatorzième page de son vingt deuxième carnet, Bénédicte Klène nous invite à assister à une soirée de Performance-Danse. Méticuleuse, de son écriture fluide, elle précise: 29 mars 2012, 19h12, Ombres dansées et quelques prénoms, celui des danseuses. En quelques traits bruns, elle nous montre des personnages féminins qui évoluent selon un rite chorégraphié devant un public clairsemé et un mur auquel sont suspendus des tableaux. Les danseuses se projettent sur le sol en de longues ombres qui viennent jusque vers nous.
Que serait-il resté de cet instant si nous avions assisté nous-mêmes à cette soirée ? Un souvenir diffus ?
Quelques photos sans intérêt perdues au fond d’un disque dur ? Bénédicte Klène l’a retenu pour nous avec discrétion et sensibilité. Une fois de plus, elle pousse l’élégance à nous laisser libres d’imaginer ce que nous voulons retenir : ces petits détails infimes qui rendent précieuses nos vies.

Jean Marie Troillard est Critique d’Art et publie des articles (entre autres) pour «La Tribu des artistes» (Hamelin-Brands Canson)