ENTRE-DEUX. 1998

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Invitation au voyage

Des tondi bleus, alignés sur le mur, tels les hublots d’un navire invitent le visiteur à larguer les amarres pour un long voyage fait de couleurs, de coques et de mots.
L’accouplement des vagues et du vent l’accompagneront dans sa rêverie poétique, si chère à Gaston Bachelard, et son corps irradié de lichen et de mousse s’offrira aux étreintes de l’eau.
Des villes sur les murs: Blida qui t’a vu naître, Zaouatallaz, Qalibiyah, Mustaghanem, Saguet-el-Hamra, cette « terre des hommes » s’inscrit sur un voile bleu indigo, barnough de la mariée berbère où se posent comme des gope-boards, ces planches votives au seuil des demeures, les coques de Bénédicte Klène.
Ces coques, berceau de l’amande où sommeille l’amante distillent leurs parfums de menthe et de vanille, de muscade et de thym, de mélilot et de mélisse.
Port-Tudy, Port-Louis, Port-Merrien, Port-Lay: les balises semblables à des cocons où germent la chrysalide guident le navigateur vers un repos mérité.
Sur cette langue d’eau l’étambot s’éclaire des derniers rayons du soleil.
La mer s’apaise et s’unit à l’or des genêts et les ajoncs à la violine des bruyères.
Le claquement métallique des haubans sera ta seule musique de nuit et les lampes-tempêtes, les lucioles du port.
Terre femelle comme une amphore ramenée des eaux, les goémons s’accrochent à tes flancs et s’incrustent dans ta chair les balanes.
Dans ton sommeil éveillé, tu rêves aux eaux dormantes de Venezia, de Locarno, ou de Mesa Verde.
Ton corps lui-même prend forme de navire dans la réalité du songe.
Tu es la barque qui glisse lentement, quitte les rives des fleuves majestueux de l’enfance pour un autre voyage.

Georges Louarn, Juin 1998