LES PETITS RIENS

© Bénédicte Klène. Les Petits Riens

16. XII. 2010. 19H40.
Dix septième page du douzième carnet de Petits Riens.
Encre sépia sur papier crème
14 X 18 cm
In carnet Moleskine

 

Ma pratique artistique s’est recentrée depuis quelques années sur le dessin contemporain, à travers les Petits Riens que je collecte dans des carnets de croquis qui sont aussi des carnets de voyage, des carnets de vie, des carnets de mémoire…

Je croque les petits riens de la vie quotidienne comme un voyage pittoresque de chaque instant, pour tirer un trait d’union avec le monde.

Je dessine au plus vite tout ce qui frappe mon regard, cette «richesse illimitée partout, partout, cet immense inconnu à courir et à découvrir» qu’il arrivait aussi à Giacometti de traquer dans ses pérégrinations graphiques et urbaines dans un « Paris sans fin »
(Editions Tériade, 1969).

Les conditions de création :

– Ouvrir le temps aux longues déambulations, bouger, aller partout, d’un endroit à l’autre, selon une pratique proche du reportage, et surtout recourir à des règles du jeu très simples :
– Croquer et collecter les petits riens de la vie qui se trouvent à portée de notre regard.
– Dessiner sur le vif, tout simplement et directement, le plus souvent à l’encre de chine sépia, sans m’autoriser ni reprise, ni retouche à posteriori, ni même intervention de la gomme.
« Le raté m’intéresse autant que le réussi» disait Pablo Picasso : produire enfin, à un rythme effréné, beaucoup d’images. Ne jamais détruire. Tout garder.
– Partant du principe cher à David Hockney que «dessiner apprend à regarder et que plus on dessine, mieux on y voit », je voudrais inciter chacun à regarder le monde autour de soi avec un peu plus d’intensité, à focaliser notre attention sur quelque chose, tout en se questionnant sur les liens qui unissent les images de ces Petits Riens à la réalité qui nous entoure.

D’une page à l’autre

En passant d’une page à l’autre, le format particulier du LEPORELLO a le pouvoir d’égrainer le temps qui passe autant que celui d’étirer l’espace . Le rapport au jeu du temps et de la mémoire a toujours compté dans mon travail. Mais quand mes dessins de Petits Riens ont dépassé le mètre linéaire, je me suis alors lancée le défi de représenter des vues panoramiques à 180° en réalisant de longs dessins atteignant voire dépassant les deux mètres.

Le dessin devient alors performance. Il implique ainsi dans son processus créatif d’autres notions que la simple représentation du paysage, aussi exigeante soit-elle.

Il génère de cette manière de travailler un rapport particulier de l’oeuvre au spectateur qui doit littéralement mettre le nez dans le dessin et prendre le temps de se déplacer pour l’appréhender dans sa totalité. 

J’aime à penser et à dire que je fais entrer le spectateur dans le dessin et dans le temps du dessin.

Je cherche toujours à privilégier des points de vue particuliers qui nous procurent le sentiment de dominer le monde, de s’yperdre, voire de s’y dissoudre. Et c’est ainsi que, dans la dernière série de PANORAMAS, se pose incontournablement la question de notre rapport au monde et au paysage (*).

 

(*) Selon la juste définition deJ. R Bouiller, L. Madeline, in cat. «J’aime les panoramas» . Une remarquable exposition temporaire, organisée conjointement par le MUCEM avec les Musées d’Art et d’Histoire de Genève. Novembre 2015 – Février 2016